La confrontation avec les syndicats cause des ennuis au réformateur en chef de la France – POLITICO

John Lichfield est un ancien rédacteur en chef étranger de The Independent et a été le correspondant parisien du journal pendant 20 ans.

PARIS – Les manifestants qui ont bravé la bruine verglaçante de ces derniers jours ont adressé un message simple à leur président: nous ne reculons pas.

"Bienvenue dans la vraie France, monsieur Macron. Ici, nous ne nous rendons jamais", griffonna un manifestant au dos de sa haute visibilité. gilet jaune, le vêtement devenu synonyme du mouvement anti-établissement des Yellow Jackets.

Un très vanté convergence des luttes ("alliance de luttes") entre les Yellow Jackets et les grévistes des retraites pourrait ne pas avoir provoqué la grave perturbation initialement attendue à Paris samedi. Mais le slogan du manifestant sonne vrai: bien que le président français Emmanuel Macron ait réussi à faire face à d'autres manifestations syndicales et à une rébellion des Jackets jaunes de 13 mois depuis son arrivée au pouvoir en 2017, cette dernière série de grèves est quelque chose de beaucoup plus menaçant.

La grève des syndicats et des travailleurs qui a commencé jeudi en réponse à la réforme des retraites prévue par le gouvernement est la première véritable confrontation de Macron avec le type d'intransigeance largement soutenue par les syndicats qui a confondu bon nombre des ambitions réformistes des présidents français au cours des trois dernières décennies.

La victoire, voire une égalité, dans la lutte pour les retraites permettra à Macron d'aborder avec confiance la seconde moitié de son mandat et l'élection présidentielle de 2022.

Dimanche soir, le président français a tenu une réunion de crise avec le Premier ministre Edouard Philippe et d'autres ministres clés à l'Elysée pour évaluer dans quelle mesure il peut céder du terrain et préserver sa réputation de réformateur intrépide.

La victoire, voire une égalité, dans la lutte pour les retraites permettra à Macron d'aborder avec confiance la seconde moitié de son mandat et l'élection présidentielle de 2022. La défaite le laissera gravement affaibli, tant en France qu'au sein d'une Union européenne qu'il cherche à diriger et à transformer.

Beaucoup dépendra de la participation à une deuxième journée de manifestations mardi, demandée par sept fédérations syndicales militantes. Si le soutien tombe bien en dessous des 800 000 personnes – selon les chiffres du gouvernement – qui ont défilé dans tout le pays jeudi dernier, certains syndicats pourraient être prêts à faire des compromis.

Dans l'état actuel des choses, les dirigeants syndicaux militants – et plus encore leurs membres de base – semblent déterminés à prolonger indéfiniment les grèves du rail et du métro qui ont paralysé la France au cours des quatre derniers jours. Ils veulent vaincre Macron et être vus le vaincre.

Des policiers anti-émeute retiennent un manifestant lors d'une manifestation à Nantes, en France, le 7 décembre 2019 | Loic Venance / AFP via Getty Images

Potentiel de compromis

Il y a eu des moments au cours du week-end où certaines parties de la France semblaient glisser dans l'anarchie sociale.

Dix des principaux axes autoroutiers ont été bloqués par une manifestation indépendante des camionneurs qui s'opposent à une augmentation de 0,02 € des taxes sur le diesel. Les automobilistes ont découvert qu'ils pouvaient conduire gratuitement dans les péages, déclarés ouverts par de petites bandes de vestes jaunes, pour se heurter à de longs embouteillages causés par les camionneurs.

La 56e manifestation successive des Yellow Jackets, samedi, a été peu fréquentée – seulement 1 000 personnes environ ont défilé à Paris et un plus petit nombre dans d'autres villes. Mais ceux qui se sont présentés étaient déterminés à perturber la vie commerciale normale avant Noël. Les banques et les magasins ont été écrasés par un grand groupe de jeunes vêtus de noir à Nantes dans l'ouest de la France.

Bien après la fin de la marche de Paris, des bandes de 20 à 200 Yellow Jackets et des alliés de la gauche ont déchaîné les centres commerciaux et les boulevards de la capitale, jouant au chat et à la souris avec la police.

Au milieu des manifestations, le gouvernement s'est efforcé de montrer qu'il est prêt à faire des compromis tout en insistant sur le fait qu'il n'abandonnera pas complètement le plan, comme le syndicat l'exige.

Philippe rencontrera lundi les dirigeants syndicaux pour évoquer le type de compromis qu'il proposera lorsqu'il annoncera mercredi «l'architecture» finale de la réforme des retraites dans un discours à Paris.

Le Premier ministre promettra des salaires plus élevés aux infirmières et aux enseignants, qui verraient leurs pensions augmenter dans le cadre du nouveau système universel proposé.

S'adressant à l'hebdomadaire français Journal du Dimanche, il a averti dimanche que le retrait des réformes prévues exposerait le pays à une réforme "très brutale" à l'avenir.

Philippe devrait retarder la date de début des changements radicaux dans le système étatique de 2025 à au moins 2035 – à trois élections présidentielles de là. Il pourrait également faire une grosse concession supplémentaire aux grévistes des chemins de fer publics et du métro parisien.

Macron et Philippe envisageraient également de relancer l'idée d'une «clause de grand-père» qui permettrait aux travailleurs du rail et du métro existants (mais pas aux nouveaux embauchés) de conserver leurs droits plaqués or pour prendre leur retraite au milieu de la cinquantaine dans les années supérieures. que les pensions moyennes.

Le Premier ministre devrait promettre des salaires plus élevés aux infirmières et aux enseignants. Il devrait également promettre qu'il n'y aura aucune tentative de réduire le budget global des retraites, ou sa subvention de 8 milliards d'euros par an d'impôts généraux, au cours des six prochaines années.

Si un tel compromis est accepté, la réforme envisagée serait décousue, retardée et affaiblie. Mais cela permettrait à Macron de revendiquer une victoire symbolique.

Un report à 2035 exempterait les personnes âgées de 46 ans et plus des changements. Les plus jeunes appartiendraient immédiatement à un système basé sur des points uniques avec les mêmes droits, ce qui rend les changements d'emploi ou de carrière moins compliqués. Le principe selon lequel les gens doivent progressivement accepter des carrières plus longues pour payer leur vie plus longue serait plus solidement ancré dans l'esprit des Français.

Des passagers se tiennent à l'intérieur de la gare de Lyon à Paris le 8 décembre 2019 lors d'une grève des employés de la SNCF | Thomas Samson / AFP via Getty Images

Bataille des syndicats

Pour ces raisons précisément, les dirigeants syndicaux les plus militants rejetteront tout compromis de ce type. Ils ont dépeint et parfois déformé la réforme de Macron comme une conspiration «néolibérale» pour détruire le principe de «solidarité» derrière l'État-providence français.

"Dans le cadre du plan Macron, des jeunes comme moi devront travailler jusqu'à 70 ans pour des pensions plus modestes", a expliqué Aurélie, 27 ans, une institutrice du primaire qui a assisté aux manifestations de samedi.

En fait non. Mais les gens pourraient travailler plus longtemps pour des pensions plus élevées s'ils le voulaient.

Le vétéran commentateur politique français, Alain Duhamel, décrit le différend comme une «grève des soupçons, basée sur des inquiétudes quant à ce qui pourrait arriver et une mauvaise compréhension de ce qui se passe».

Philippe Martinez, le chef de la CGT, la deuxième plus grande fédération syndicale, dominante sur les chemins de fer, insiste sur le fait que le plan de Macron doit être complètement retiré avant que les grèves ne soient abandonnées. Des négociations pourraient alors commencer sur «des améliorations du système actuel».

Malgré ce paysage syndical fracturé, les grèves du rail et du métro sont restées jusqu'à présent plus ou moins solides.

Après plus d'une décennie de baisse de l'effectif et du pouvoir – au cours de laquelle il a été dépassé par la fédération CFDT en tant que plus grand syndicat de France – Martinez voit la grève des retraites comme une opportunité paradisiaque de restaurer la force de la CGT, autrefois redoutée.

La France, à son malheur, n'a pas de fédération syndicale dominante comme la Grande-Bretagne, l'Allemagne ou les États-Unis. Il a une douzaine de fédérations concurrentes, avec des vues allant du trotskysme au catholicisme.

Le principal espoir de Macron est de satisfaire le leader modéré et réformateur de la CFDT Laurent Berger et de décoller quelques-unes des petites fédérations modérées désormais alignées sur la CGT et ses rivaux les plus militants, SUD et Force ouvrière.

Malgré ce paysage syndical fracturé, les grèves du rail et du métro sont restées jusqu'à présent plus ou moins solides.

Pour Macron, le grand test sera la deuxième manifestation nationale appelée par les syndicats pour mardi, cinq jours seulement après la première.

L'appel à une deuxième journée de grèves si proche de la première était un pari calculé par les syndicats: ils ont le dessus à l'heure actuelle. Un faible taux de participation mardi pourrait rendre l'initiative à Macron.



Traduit de la source : https://www.politico.eu/article/face-off-with-unions-spells-trouble-for-frances-reformer-in-chief/?utm_source=RSS_Feed&utm_medium=RSS&utm_campaign=RSS_Syndication

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